Introduction du discours de Pierre Rabhi

Discours introductif

Au mois de Mai dernier, j'ai eu l'occasion d'introduire une conférence de Pierre Rabhi à Saint Jouan des Guerets, pour le reseau Colibri, partenaire du film "Jon face aux vents". Voici ici, l'extrait du discours que j'ai eu l'honneur de faire en la présence de ce grand monsieur.

Ce soir, près de chez moi, c'est un peu la fin d'un cycle qui s'achève avec ce film

Colibri en étant un partenaire attentif et bienveillant à participé à sa diffusion et sa promotion à travers tout le territoire....

A travers ce film et la découverte d'un peuple de nomades modernes, il est question d'une quête d'équilibre fragile entre une vie portée par des valeurs traditionnelles et spirituelles et une activité d'éleveur ou la machine et la technologie certes facilite leur quotidien, mais fragilise leur modèle économique, invite une vitesse nouvelle qui modifie leur rapport entre eux mais aussi avec leur territoire en grignotant un peu de l'intimité et de la qualité du lien qu'ils entretiennent avec ce dernier...

Je suis ravi d'avoir pu à travers près de 110 projections que j'ai accompagné me faire l'ambassadeur, tout à la fois des sociétés traditionnelles mais aussi des valeurs communes portés par le réseau colibri.

« Rêver d'aller voir ailleurs...et mieux regarder son jardin ».... c'est un peu ma feuille de route....cette passion que j'ai pour les sociétés traditionnelles alimente ma quête d'exaltation à travers un mode de vie, un chemin de pensée, une vision qui deviennent rares dans nos sociétés modernes hors sol....

Avec ce film « Jon face aux vents », j'ai partagé la vie des derniers éleveurs nomades d'Europe régulièrement durant 5 ans....Avec eux, j'ai eu le privilège de ressentir l'intensité d'une vie en phase et au rythme de ce qui nous entoure....

J'ai découvert l'humilité d'une vie rythmée par d'autres intérêt que ceux guidé par l'exclusivité et l'individualisme ...

J'ai expérimenté une temporalité nouvelle et saine pour l'esprit...

J'en ai ressenti un bien être incroyable...la sobriété de notre condition dans ces grands espaces souvent rudes renforce l'exaltation d'un bien être spirituel et recrée le fil d'une intimité avec ce qui nous entoure que le confort de nos vies moderne altère....

C'est auprès des samis que j'ai renforcé mon attachement à ma maison ,à mon jardin, aux champs et aux arbres qui l'entoure, mais également à mes voisins, aux gens qui partagent mon territoire et à la richesse de leur diversité...

Quand on partage ainsi la vie de quelqu'un si différente de la sienne, il est plus facile de s'inventer une autre vie....

Chez les samis, la modernité, la technologie sont restés au service d'une vie traditionnelle, d'une organisation communautaire....et n'a pas corrompu leur sobriété. Il perpétue un esprit communautaire d'intérêt ou chaque individu a compris l'importance de mutualiser certaines partie de leur vie et de leur tâche....

Se faisant, ils se préservent des dérives que l'individualisme exacerbé qui nous caractérise valorise....

Chez les samis, comme chez la plupart des sociétés indigènes, chacun sait qu'il peut-être affecté par la négligence d'un seul et les conséquences sont immédiates.... Ce sentiment préserve intact, une conscience collective ciment de leur société et inspiratrice de leur organisation....

A ce titre, je pense que les sociétés traditionnelles sont source d'inspiration, leur racine profondément ancrés à leur histoire, à leur sol, au savoir régulièrement transmis donnent toute sa valeur et sa cohérence à leur vision du monde.

A mon sens, cela leur donne un rôle d'éclaireurs des temps modernes aux perspectives si assombries...

Rencontrer Pierre et introduire ce soir son intervention est un honneur... Comme l'a dit Gandhi en son temps

« Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde »

Et bien c'est justement ce que j'admire chez Pierre que je rencontre pour la première fois : il incarne dans sa vie la voie à suivre, il pratique ce qu'il dit avec humilité et conviction, il a le verbe rugueux caleux comme les mains de ceux qui se sont bâtis une grande complicité avec le vivant qui nous entoure, et son discours à l’odeur de la terre qui colle aux ongles lorsqu'on vit à son contact.

Ce n'est pas facile.

Lorsque l'on devient comme Pierre, l'inspirateur d'un courant, d'une pensée et l'un de ses animateurs principaux...il faut faire preuve d'un habileté de tous les instants pour atténuer les contradictions et les paradoxes auxquels nous sommes inévitablement confrontés lorsque nous souhaitons rester cohérent dans notre quête de sens pour alimenter et nourrir notre vie.

Alors voilà, il va être temps de donner la parole à Pierre.... On est parfois en droit de se demander à quoi servent ces rassemblements qui la plupart du temps ne mobilisent que des gens convaincus qu'il faut explorer d'autres voies pour demain...

Mais dans le même temps, il est rassurant d'y voir tant de monde.... nous ne sommes pas seuls à souhaiter un vivre et penser différemment.... nous le sommes de moins en moins....

C'est l'addition de nos actions aussi modestes soit elles, la somme de nos volontés, de nos actes, de nos paroles qui transforme et préparent chaque jour un peu plus un monde plus cohérent et mieux ancré....

C'est l'addition de chacun d'entre nous, des initiatives qui s'enchevêtrent qui change graduellement la perspective du paysage de demain et de nos horizons.... On aimerait souvent être plus pressé et c'est parfois désespérant..... mais n'oublions pas que le monde d'aujourd'hui, son modèle dominant et indécents qui s'autojustifie a mis des années à envahir nos modes de pensées à façonner nos vies et nos pratiques...il nous faut tout autant pour le déconstruire....

Nous vivons une période formidable ou nous alimentons le plus extraordinaire des paradoxes :

L'homme est aujourd'hui tout à la fois devenus son propre meilleur ennemi en fragilisant tout ce que la nature a formidablement réuni pour rendre les vies et la notre possible...tout en ayant aujourd'hui l'exclusivité de cette lourde responsabilité de rectifier les déséquilibre et les dérives dont nos sommes responsables....

Les écueil sont nombreux.... Pour nous aider à intégrer la nature dans notre quotidien certains courants défendent l'idée qu'il faut lui donner un prix, afin de mieux la prendre en compte...et l'intégrer ainsi dans notre modèle économique dominant : quand on voit ce que ce modèle dominant fait de nos territoires, comment il bafoue les droits des peuples, gomme la diversité pour faire de notre terre une vaste zone commerciale ou les règles marketing règnent en maître, je suis personnellement inquiet de cette perspective.... et lui préfère un modèle qui reste à construire, à inventer ou c'est nos modes de fonctionnement qui s'intègre à la problématique environnemental, à son rythme, aux impératifs de l'équilibre des écosystème et de l'épanouissement de la biodiversité....

On en revient à ces sociétés traditionnelles que j'admire tant et qui ont compris cela depuis souvent des millénaires..

Je finirais par une citation de Friedrich Hölderlin, un poète allemand :

« là ou croît le danger, croit aussi ce qui sauve »

Merci à vous.